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Après la démocratie, Emmanuel Todd
Après la démocratie
Si Sarkozy existe en tant que phénomène social
et historique, malgré sa vacuité, sa violence et sa vulgarité, nous
devons admettre que l’homme n’est pas parvenu à atteindre le sommet de
l’Etat malgré ses déficiences intellectuelles et morales, mais grâce à elles.
C’est sa négativité qui a séduit. Respect des forts, mépris des
faibles, amour de l’argent, désir d’inégalité, besoin d’agression,
désignation de boucs émissaires dans les banlieues, dans les pays
musulmans ou en Afrique noire, vertige narcissique, mise en scène
publique de la vie affective et, implicitement, sexuelle : toutes ces
dérives travaillent l’ensemble de la société française; elles ne
représentent pas la totalité de la vie sociale mais sa face noire, elles
manifestent son état de crise et d’angoisse. […] Au fond, nous
devrions être reconnaissant à Nicolas Sarkozy de son honnêteté et de son
naturel, si bien adaptés à la vie politique de notre époque. Parce
qu’il a réussi à se faire élire en incarnant et en flattant ce qu’il y a
de pire autour de nous, en nous, il oblige à regarder la réalité en
face. Notre société est en crise, menacée de tourner mal, dans le sens
de l’appauvrissement, de l’inégalité, de la violence, d’une véritable
régression culturelle.
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