Parmi les techniques régressives, publicitaires ou privées, qui ont pour but de créer un état d’euphorie affective et d’hébétude susceptible d’empêcher - ou dans le meilleur des cas de différer - l’affrontement des individus avec leur propre angoisse, mentionnons : 
- l’emploi massif des drogues officielles ou non, de l’alcool et du tabac; leur effet anti-anxiogène aide nos sociétés à survivre tant bien que mal sans qu’une catastrophe psychiatrique s’étale au grand jour; 
- la fonction hypnotique et narcotique des machines à images (cinéma, mais surtout télévision) qui désintègrent le spectateur de sa vie familiale et de sa relation au monde de la nature, l’engourdissent, l’assomment dans la passivité béate de sa position assise;
- l’utilisation sadique-anale des voitures qui satisfait à la fois notre goût morbide de la compétition et de la rivalité et aussi l’euphorisation que provoque la vitesse;
- enfin, la prolifération des clubs de vacances et de loiris qui sont de véritables cliniques d’oubli pour les grands blessés psychiques de notre société. Là, les infirmières et des moniteurs brevetés prennent en charge ceux qui sont devenus de véritables malades, leur assurant pendant quelques semaines une vie végétative parfaite et un supplément de félicité sensorielle qui correspond pour l’inconscient à une régression préoedipienne. 

Roland JACCARD, L’exil intérieur

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